
Le programme d’enseignement de spécialité de littérature et langues et cultures de l’Antiquité, grec ou latin, en classe terminale est constitué de trois objets d’étude et d’un corpus de deux œuvres intégrales (ou sections notables d’œuvres intégrales), l’une antique et l’autre médiévale, moderne ou contemporaine, inscrites dans l’un des objets d’étude. Les deux œuvres, liées par leur thématique, font l’objet d’une étude conjointe qui les confronte. Elles sont définies dans un programme limitatif, publié au Bulletin officiel de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports et renouvelé en totalité tous les deux ans.
I. Grec
En grec, pour les années scolaires 2026-2027 et 2027-2028, les œuvres retenues sont les suivantes :
- Lucien, Histoires vraies, texte établi et traduit par Jacques Bompaire, in Voyages extraordinaires,Paris, Les Belles Lettres, 2011, p. 39-139 ;
- Italo Calvino, Le baron perché, traduit de l’italien par Martin Rueff, Paris, Gallimard, collection Folio, 2019.
Objet d’étude
La lecture comparée de ces deux œuvres s’inscrit dans le cadre de l’objet d’étude « L’homme, le monde, le destin » et du sous-ensemble « Le “grand théâtre du monde” : vérité et illusion ».
Problématique
Faire lire les Histoires vraies de Lucien et Le baron perché d’Italo Calvino, second volet d’un triptyque intitulé Nos ancêtres, que l’auteur italien composa en 1957, c’est faire voyager les élèves à travers des mondes réels et imaginaires. Grâce aux traversées qu’accomplissent les personnages, que le lecteur suit d’ile en ile ou d’arbre en arbre, on part à la rencontre de la Grèce antique et de l’Europe des Lumières et l’on se familiarise avec – ou l’on redécouvre – les grandes figures politiques, culturelles, philosophiques, littéraires, mythologiques et légendaires qui ont traversé ces époques et composé ces univers.
C’est que les héros de ces deux œuvres, à la curiosité d’esprit indéniable, ont décidé de prendre, pour l’un le large, pour l’autre de la hauteur, afin de mieux regarder le monde et tout ce qui le compose. Le regard qu’ils posent ainsi de loin sur leurs contemporains est tantôt amusé, tantôt critique, mais toujours juste. Il est de celui qui aide à mieux comprendre ce qui fait l’humain dans toutes ces composantes et ses multiples facettes.
Cette distance critique que les personnages de ces récits fantaisistes savent prendre ne les empêche pas pour autant de participer activement à la vie des mondes qu’ils traversent et dans lesquels, parfois, ils s’installent. Ils en connaissent les joies et les plaisirs, en vivent et en supportent les désagréments, les malheurs et les détresses, en combattent leurs vilénies. Au gré de leurs séjours, ils découvrent de nouveaux mondes et modes de vie, font des rencontres, aussi bien humaines qu’animales ou végétales, se font des amis, découvrent l’amour, en savourent les joies et en subissent les tourments, luttent ardemment contre leurs ennemis – car les guerres font rage sur ces planètes qu’ils traversent. Aussi jouent-ils un rôle actif sur les scènes des théâtres dont ils sont, tout en même temps, les observateurs.
II. Latin
En latin, pour les années scolaires 2026-2027 et 2027-2028, les œuvres retenues sont les suivantes :
- Ovide, Tristes, livre III, Paris, Les Belles Lettres, collection Classiques en Poche, à paraitre ;
- Karen Blixen, La ferme africaine, traduit du danois par Alain Gnaedig, Paris, Gallimard, collection Folio, 2006.
Objet d’étude
La lecture comparée de ces deux œuvres s’inscrit dans le cadre de l’objet d’étude « L’homme, le monde, le destin ».
Problématique
Partir à cause de ce qu’on a écrit, écrire parce qu’on est parti : le programme pour les sessions 2027 et 2028 du baccalauréat invite les élèves à s’interroger à la fois sur la vie à l’étranger et la création littéraire.
En 8 ap. J.-C., le poète latin Ovide est relégué à Tomi, l’actuelle Constanța en Roumanie, sur les bords de la mer Noire, par décision de l’empereur Auguste. Les raisons de cette assignation à résidence, si loin de Rome, ne sont toujours pas exactement connues, mais la tonalité de certaines des œuvres d’Ovide, jugées trop légères, n’est sans doute pas étrangère à ce que le poète vécut comme « la foudre tombée sur [s]a tête » (livre I, élégie 1). Ovide eut toutes les peines du monde à s’habituer à cette contrée dont il finit cependant par apprendre la langue. Bien que cette relégation (à ne pas confondre d’un point de vue juridique avec la peine d’exil) dût être temporaire, elle s’avéra cependant définitive pour Ovide qui y mourut en 17 ou 18 ap. J.-C. après y avoir composé quelques-unes de ses œuvres les plus personnelles et les plus poignantes, dont les Tristes et les Pontiques.
Bien plus au Nord, à Rungstedlung, dans la région de Copenhague, au Danemark, à la veille de la Première Guerre mondiale : une jeune fille de la haute bourgeoisie, Karen Christentze Dinesen, née en 1885, rêve d’un mariage prestigieux et de voyages au long cours. Elle se fiance alors avec le baron suédois Bror von Blixen-Finecke et ils décident tous deux de créer une plantation de café dans l’actuel Kenya, alors l’Afrique orientale britannique. Mais très vite, le rêve tourne au cauchemar : la plantation ne s’avère pas rentable et Bror, piètre gestionnaire du domaine, est en outre un mari infidèle et volage qui lui transmet la syphilis, maladie alors chronique et incurable, qui rend Karen stérile, lui ôtant tout espoir d’avoir un jour des enfants. Après son divorce en 1925, Karen Blixen trouve soutien et réconfort auprès de l’aventurier britannique Denys Finch Hatton qui sera le grand amour de sa vie mais se tue en avion au Kenya en 1931. Cette même année 1931, véritable annus horribilis, Karen Blixen qui a vu sa ferme définitivement péricliter et être vendue, rentre au Danemark, ruinée, malade et seule. De cette succession d’épouvantables drames (« Personne n’a payé plus cher son entrée en littérature »), naitra cependant la gloire littéraire dont la Ferme africaine est l’un des plus brillants témoignages.
C’est donc à la découverte de ces deux destins hors du commun, de ces deux vies que la vie n’a pas épargnées, que le programme des sessions 2027 et 2028 du baccalauréat convie les élèves de l’enseignement de spécialité latin.
Pour le ministre de l’Éducation nationale, et par délégation,
La directrice générale de l’enseignement scolaire,
Caroline Pascal