Retour en images sur l’événement de Bastia – 10 décembre 2025

Au Centre Culturel l’Alb’Oru de Bastia, la première journée du Numérique en Commun[s] Corsica 2025 a réuni une trentaine de partenaires, familles, enseignants, médiateurs et jeunes autour d’un enjeu central et profondément actuel : grandir à l’ère du numérique.

Portée par l’UDAF de Corse-du-Sud et le Hub Corsica, cette édition s’inscrit pleinement dans la dynamique du Territoire Numérique Éducatif (TNE) Corsica. Une journée dense, vivante et structurante, qui a mis en lumière les usages, les questionnements et les leviers d’action pour un numérique plus humain.


Un territoire mobilisé pour un numérique plus humain

Les messages sont clairs et convergents :

  • construire un numérique éthique, inclusif et éducatif,
  • au service du lien social, de la culture et de l’émancipation.

L’événement rappelle une réalité incontournable : le numérique est à la fois un formidable levier et un espace de fragilités. Il révèle et amplifie certaines vulnérabilités – illectronisme, isolement, difficultés d’accès aux droits, fractures sociales – tout en offrant des opportunités inédites d’expression, d’apprentissage et de coopération.

Cette journée a ainsi donné le ton : comprendre les usages, outiller les familles, soutenir les jeunes, accompagner les professionnels, et faire du numérique un véritable bien commun.


Grandir au XXIᵉ siècle : regards sociologiques et éducatifs

Conférence – Grandir à l’ère du numérique : impacts, opportunités et risques

Temps fort de la journée, la conférence de Jocelyn Lachance, sociologue et spécialiste de l’adolescence, a permis de poser un cadre de compréhension fin et nuancé des pratiques numériques des jeunes.

À partir des paroles des adolescents, il a interrogé une question essentielle : comment devient-on adulte au XXIᵉ siècle ?

Dans une société de l’expérimentation, grandir passe par des essais, des erreurs, des ajustements, où chaque expérience vécue participe à la construction de l’identité. L’affichage de soi, notamment sur les réseaux sociaux, n’est pas une dérive en soi : il constitue souvent une réponse à l’incertitude, un moyen de se rassurer et de se situer.

Le sociologue a notamment mis en lumière les cinq regards numériques qui structurent l’expérience adolescente :

  • le regard sur soi-même, à travers des contenus parfois produits sans être publiés ;
  • le regard de l’« autrui significatif » (ami proche), porteur de normes sociales élargies ;
  • l’audience imaginée, qui guide la mise en scène et la qualité de l’information partagée ;
  • le regard des inconnus, source à la fois de reconnaissance et de risques ;
  • le regard de l’intelligence artificielle, perçu comme neutre, sans jugement émotionnel, parfois sollicité « par défaut ».

Deux normes traversent fortement ces usages :

  • l’inquiétude, perçue comme normale et même structurante ;
  • la responsabilisation, résumée par l’expression souvent entendue chez les adolescents : « T’inquiète, je gère ! »

Enfin, la question de la connexion permanente a été interrogée : que se passe-t-il lorsqu’on se déconnecte ? Derrière l’attente de réponse se jouent parfois des angoisses profondes liées à l’incertitude, à la séparation, voire à la peur de l’accident. L’enjeu clé reste alors l’autonomisation, entendue comme la capacité à réguler ses émotions, son stress et son anxiété.


Parentalité, éducation, coéducation : accompagner sans juger

La table ronde consacrée à l’accompagnement des enfants et des adolescents dans l’environnement numérique a prolongé ces réflexions, en donnant la parole aux acteurs de terrain : Jocelyn Lachance, sociologue spécialiste de l’adolescence, Stéphane Proust, Olivier Girard et Jean-Baptiste Manenti, qui ont croisé regards scientifiques, éducatifs et médiatiques autour des enjeux de parentalité, de prévention et de coéducation à l’ère numérique.

Un constat partagé :

  • mobiliser les parents, notamment les plus éloignés du numérique, reste un défi majeur ;
  • ne pas juger ni stigmatiser est essentiel pour instaurer un dialogue de confiance.

Les échanges ont souligné que les usages numériques des adolescents ont du sens et qu’il est fondamental d’entrer dans leur univers, même lorsqu’il dérange ou inquiète. La relation parent-enfant constitue la première clé de prévention.

L’Agence Régionale de Santé (ARS) de Corse a rappelé l’importance de la santé mentale, grande cause nationale, et de la nécessité d’une prévention fondée sur l’écoute, l’échange et l’accompagnement. Le besoin de lieux de paroles entre familles, partageant les mêmes préoccupations, est apparu comme un levier essentiel.

À noter également que 56 % des actions et animations se déroulent en dehors des établissements scolaires, soulignant le rôle central des acteurs éducatifs, associatifs et territoriaux dans la coéducation.


📽️ Ciné-débat – Génération Écrans

La projection du documentaire Génération Écrans de Raphaël Hitier, suivie d’un débat animé par Jean-Baptiste Manenti, a constitué un temps fort de réflexion collective.

Les échanges, nourris par les interventions de Gilles Cormi, DRANE adjoint, Carole Simonpietri, conseillère pédagogique départementale de Haute-Corse, ainsi que d’un médecin de l’ARS de Corse et d’un éducateur spécialisé, ont permis d’apporter des repères scientifiques et éducatifs concrets pour mieux comprendre l’impact des écrans sur le développement des enfants et des adolescents.


☕ Cafés IA : « Un caffè, un’idea, una nova visione »

Deux temps d’échanges ont rythmé l’après-midi :

Café IA – Enseignants (13h45–15h15)
Animé par Gilles Cormi, cet atelier a permis de décrypter les usages pédagogiques de l’intelligence artificielle, de partager des expériences de terrain et d’ouvrir des pistes d’innovation éducative.

Café IA – Familles (15h15–16h30)
Un moment chaleureux et accessible pour comprendre l’influence de l’IA dans la vie quotidienne et éducative, démystifier les outils et favoriser un dialogue apaisé sur leurs usages.


Un événement fédérateur pour penser l’avenir numérique de la Corse

Avec 21 animations, ateliers, stands ressources et conférences, le NEC Corsica 2025 a offert un espace rare de rencontre et de co-construction entre acteurs publics, associations, enseignants, familles et jeunes.

Une vision collective s’y est affirmée :
« Un numericu à u serviziu di u legame, di u sapè è di a ghjustizia suciale. »

À la croisée de la réflexion et de l’action, cette journée a rappelé l’importance de replacer l’humain au cœur des technologies, de faire du numérique un outil d’inclusion, de culture et d’émancipation.

Quinze jours plus tôt, au même endroit, le séminaire annuel du TNE Corsica interrogeait déjà les usages raisonnés du numérique et les défis de l’intelligence artificielle. Le NEC en est le prolongement naturel : un territoire qui réfléchit, qui partage, qui innove et qui avance collectivement.