« Misgettu si face un’amica » : une création originale de GS/CP
Le numérique au service des apprentissages pour faire vivre la langue et aboutir à la création d’un film d’animation.
Le projet « Misgettu si face un’amica », réalisé en langue Corse, par des élèves de maternelle et de CP, illustre particulièrement bien cette démarche. À partir d’un scénario qu’ils ont construit, les élèves sont amenés à fabriquer les décors et les personnages, à organiser les différentes scènes puis à photographier, image après image, les déplacements des éléments. Le montage est réalisé avec l’application Stop Motion Studio, à l’aide d’un petit studio photo permettant de stabiliser le dispositif de prise de vue.
Le stop motion : faire croire que les objets bougent
Le principe du stop motion est de prendre une succession de photographies en déplaçant très légèrement les personnages ou les objets entre chaque prise de vue. Lorsque les images sont diffusées rapidement, elles donnent l’illusion du mouvement.
Pour les élèves, cette technique permet de comprendre concrètement qu’un film est une succession d’images. Elle introduit également une première approche du langage cinématographique : cadrage, scène, plans, déplacements …
L’application Stop Motion Studio est particulièrement adaptée à ce type de projet. Son interface visuelle permet de réaliser simplement les prises de vue image par image et de visualiser progressivement le résultat. L’outil est gratuit et fonctionne également hors connexion, ce qui constitue des atouts non négligeables en contexte scolaire.
Mais dans ce projet, l’application n’est pas l’objectif. Elle est au service d’une démarche de création dans laquelle les apprentissages langagiers occupent une place centrale.
Les grandes étapes du projet
1. Construire une histoire
Les élèves commencent par construire l’histoire qui va être mise en image. Cette première étape est essentielle: il s’agit de créer et structurer le récit, les personnages, les étapes de l’histoire et de mettre en mots ce qui va se passer. La langue corse devient la langue du projet, celle qui sert à raconter mais aussi à expliquer, choisir, questionner et interagir. Le scénario se présente progressivement comme un support de langage partagé par toute la classe.
2. Découper l’histoire en scènes
Une fois l’histoire créée, il faut la transformer en film. Les élèves identifient les différentes scènes : Que se passe-t-il ? Où sommes-nous ? Qui est présent ? Que doit-on voir à l’écran ? Cette étape oblige à passer du récit oral à une première forme de représentation. Pour cela, un storyboard très simple a été construit collectivement :



Avec des élèves de maternelle, le dessin, la dictée à l’adulte, les photographies ou comme ici les pictogrammes peuvent servir à représenter les différentes étapes. Cette phase travaille directement la chronologie et la structuration du récit.
3. Inventer les personnages et les décors
Place ensuite à la création plastique ! Les élèves réalisent les éléments qui seront filmés : personnages, décors, accessoires, objets… Cette étape permet de travailler les arts plastiques tout en donnant aux élèves une véritable responsabilité dans le projet. Le fait de fabriquer les éléments du film donne également du sens à la production puisque les réalisations vont ensuite devenir les éléments d’une œuvre collective.


4. Installer le studio photo
Pour obtenir une animation fluide, la stabilité du dispositif est essentielle. Le petit studio photo permet de disposer d’un espace de tournage relativement stable. Le smartphone est installé de manière fixe afin que le point de vue de la caméra ne change pas entre deux photographies. Après avoir choisi cet emplacement avec les élèves, l’astuce de l’enseignante a été ici de dessiner l’endroit où il fallait le poser afin que les élèves puissent réaliser les prises de vue par eux-mêmes. L’objectif n’est pas de disposer d’un matériel professionnel mais de créer des conditions suffisamment stables pour que les élèves puissent prendre part à la création.

5. Photographier image par image
C’est probablement la phase la plus minutieuse pour les élèves. Un personnage est placé dans le décor : photo. Il est légèrement déplacé : photo. Puis encore légèrement déplacé : photo et ainsi de suite… Lorsqu’ils visionnent la succession d’images sur l’application « Stop Motion Studio » les élèves découvrent que leurs personnages semblent se déplacer. Cette activité développe une première compréhension de la notion de séquence, mais elle fait également travailler la précision et l’attention.
6. Faire parler les personnages
Cette étape est fondamentale. Les images donnent à voir l’histoire, la voix lui donne sa dimension langagière. Les élèves s’entraînent puis enregistrent les dialogues en langue corse. Cette phase :
- permet d’abord de travailler la prononciation, l’articulation, le vocabulaire, la mémorisation, la construction des phrases, la compréhension des interactions entre les personnages, l’intonation et l’expressivité.
- offre également une occasion particulièrement intéressante pour travailler les compétences psychosociales. Les personnages éprouvent et expriment différents ressentis : ils sont heureux, tristes, contents, et leurs émotions évoluent en fonction des situations qu’ils vivent.
Lors des enregistrements, les élèves comprennent que parler pour être enregistré est différent de parler dans une conversation ordinaire. Il faut parler suffisamment fort, articuler, respecter le texte ou le dialogue, tenir compte des autres personnages et parfois recommencer.
7. Monter et visionner le film
Une fois les photographies réalisées, les différentes séquences sont assemblées dans une application (Stop Motion Studio.) Les enregistrements sont mémorisés. Au besoin ils peuvent être retravaillés grâce au logiciel « Audacity ». Une application de montage vidéo (type « Canva« ) peut être ensuite utilisée pour tout assembler. Cette phase permet aux élèves de découvrir le résultat de leur travail. Le visionnage collectif est particulièrement intéressant : il permet de revenir sur le film et de questionner les choix réalisés. Qu’est-ce qui fonctionne ? Qu’est-ce qui doit être modifié ? Le personnage se déplace-t-il correctement ? Entend-on suffisamment les voix ? L’histoire est-elle compréhensible ? Le film devient alors un objet permettant de revenir sur les apprentissages.

8. Donner une véritable destination au film
La dernière étape consiste à valoriser la production. Le film a été présenté aux autres classes, puis aux familles lors de l’ouverture du spectacle de fin d’année. Cette étape est importante : les élèves savent qu’ils produisent une œuvre destinée à être regardée par d’autres. C’est ce destinataire réel qui donne notamment du sens aux efforts de formulation, de prononciation et de mise en scène. Une finalité particulièrement riche pour le développement des compétences langagières.
Le projet « Misgettu si face un’amica » montre ainsi comment le numérique peut être mobilisé au service d’une ambition pédagogique plus large : faire créer les élèves pour les faire parler, coopérer et apprendre.
Bravo aux élèves et à leur maîtresse pour cette belle réalisation et le partage de leur projet.
🎬 U filmettu quì sottu…
